Deux femmes sont mortes hier…

Par Maryse Hendrix

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Maryse Hendrix est, notamment, coach Equipes accompagnantes ou soignantes à GENEA.MH et active au sein d’Amesty International Belgique francophone.  Elle assure la présidence du CWEHF depuis mai 2018

 

30 octobre 2018

Deux femmes sont mortes dans la rue la nuit dernière à Bruxelles. Ce n’est ni en Asie, ni en Afrique mais à Bruxelles en 2018. Autour d’elles, la vie va, la vie court et la leur vient de s’arrêter. Chacun continue sa course après le temps, se dépêche d’aller au travail, houspille les enfants mal réveillés, râle contre les sempiternels retards de train, va boire un verre, prend ses repas en famille ou va promener dans les bois,… Leur mort ne va rien changer au cours du monde.

Les journaux parlent d’hypothermie, un joli mot pour dire qu’elles sont mortes de froid. Mais le froid ne peut être coupable ni puni. En réalité, elles sont mortes parce que la vie les avait usées. L’une d’elles n’avait que 41 ans mais quelles épreuves avait-elle déjà traversées pour dormir seule sur un trottoir de la capitale de l’Europe ?

Un mort est un mort. Et la mort semble toujours absurde ou injuste quand elle survient avant un terme considéré comme potentiellement « normal ». Et qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme est tout aussi dramatique. Pourtant, beaucoup pensent que le sans-abri est un homme alors que le nombre de femmes parmi les SDF ne fait que croître ; elles sont même souvent accompagnées d’enfants. Mais tous semblent devenus insensibles, indifférents voire hostiles à la misère qui se répand sur le monde comme la pluie sur le sol.

Pourquoi continuons-nous à accepter ces situations alors qu’elles n’ont rien de surprenant ? Nous jouons tous l’étonnement, l’effroi, la compassion à l’annonce de ces décès qui n’ont rien d’inéluctable. Ces parcours chaotiques sont produits sous nos yeux et avec notre assentiment, sans doute inconscient mais bien réel,  dans la société telle qu’elle va : le fonctionnement social, le système en place avec sa cupidité endémique, la quête de l’argent et du « toujours plus » montrés comme l’objectif suprême, l’admiration pour la « réussite » entendue comme une course à l’avoir plutôt qu’à l’être, le mépris pour les perdants ou les plus faibles , la criminalisation des chômeurs et de la solidarité, voilà autant de briques à l’édifice de cette société inhumaine qui dénigre les bons sentiments au profit de quelques vainqueurs adorés comme des idoles. Un tel système ne peut que semer des laissés pour compte tout le long de la route, des malades (la santé mentale des personnes qui vivent dans la rue est encore plus mauvaise que leur santé physique), des alcooliques ou des drogués (ils cherchent à « tenir » dans cette vie abominable) ou des morts, comme ces deux femmes dont parlent les journaux ce matin…

Ah oui, le froid a bon dos alors qu’il n’y a pas plus de décès dans la rue en hiver qu’en été. C’est plutôt que la rue n’est pas un lieu de vie, c’est un lieu de mort.

L’arrivée de femmes en nombre croissant parmi cette cohorte de personnes rejetées à la marge est un signe d’aggravation du phénomène qui devrait alerter. Elles y sont plus vulnérables que les hommes : une SDF française raconte qu’elle a été violée 70 fois en 17 ans… Comment survit-on 17 ans dans la rue ?

Et je pense avec tristesse à ces deux mortes : elles ont un jour été des bébés, puis des petites filles, sans doute joyeuses car l’enfance contient toujours une part d’insouciance et de joie. Ont-elles été aimées, bercées, entourées de parents aimants ou déjà mal traitées par les circonstances ? Ont-elles été amoureuses et aimées ? Ont-elles eu des enfants et où sont-ils ? Ces vies qui s’achèvent si tragiquement sont celles de femmes ordinaires qui auraient pu connaître un sort moins douloureux. Ça pourrait être moi, ça pourrait être vous…

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