Entrepreneuriat féminin en région de Bruxelles-Capitale: un portrait et un nouveau réseau

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Pourquoi la petite idée qui trotte, depuis un certain temps déjà, dans la tête de certaines, ne passe-t-elle pas la rampe? Pourquoi l’aura qui entoure le statut d’entrepreneure, quelle que soit la passion portée au projet, a-t-elle plutôt un parfum de tracasseries et de difficultés insurmontables? Pour celles qui passent à l’acte: quel est le profil des femmes entrepreneures? Quels freins et quels obstacles viennent entraver la création de leur activité? L’Observatoire bruxellois de l’emploi et Impulse Brussels ont investigué ensemble ces questions. Muriel Laurent et Ines de Biolley, respectivement analyste économique et coordinatrice Entrepreneuriat féminin à Impulse Brussels, présentaient ce 5 juin les résultats de l’étude approfondie menée sur ce sujet, ainsi que le nouvel outil de réseautage visant spécifiquement à soutenir les femmes qui se trouvent dans le processus de la création d’entreprises, « Women In Business ». Cette présentation, très attendue, a fait salle comble au Conseil économique et social de la Région de Bruxelles-Capitale, l’organisme paritaire régional de concertation sociale, organisateur de l’événement. Compte rendu.

A la base de cette reconnaissance des opportunités offertes par l’entrepreneuriat féminin, le programme cadre européen Entrepreneuriat 2020. Celui-ci met au point des outils (Woman Entrepreneurship Portal) et des stratégies nationales (collecte de statistiques, organisation de réseaux, définition des bonnes pratiques permettant de concilier vie privée et professionnelle). Consciente de cette visibilité croissante, Impulse Brussels, l’agence de développement économique régional bruxelloise, a compilé une analyse pointue au départ des statistiques disponibles (Global Entrepreneurship Monitor – GEM, mesure de la performance de l’activité entrepreneuriale dans les pays de l’OCDE, Enquêtes nationales sur les forces de travail, INASTI…) qui complète efficacement la plateforme de soutien à l’entrepreneuriat féminin récemment inaugurée, Women In Business, et la cellule d’accompagnement pour femmes rentrantes « Back to work ».
Interpellant: à Bruxelles, en 2012, 48,6% des femmes en âge de travailler (resp. 61% en Flandre et 52% en Wallonie) ont un emploi, contre 59,4% pour les hommes. Un « vivier » de 28,3% de femmes sont inactives (resp. 23,8% en Flandre et 29,3% en Wallonie). Parmi les 49% de femmes actives (en % de la population de femmes en âge de travailler), 5% sont indépendantes à titre principal et seulement 0,8% emploient elles-mêmes du personnel salarié.
La répartition entre les sexes se creuse dès lors qu’on aborde les personnes au travail (45,3% de femmes), les indépendants (27,6% de femmes) et les employeurs à Bruxelles (18,8%).
Alarmant également, la Belgique score mal quand on compare l’évolution des taux d’activité entrepreneuriale des femmes. Entre deux périodes de collecte, 2003-2007 et 2008-2012, celui-ci a augmenté en moindre proportion que d’autres pays européens, passant de 1,9% à 2,9% en Belgique (de 3,1% à 3,6% en Allemagne, de 3,7% à 4,7% au Royaume-Uni et de 3% à 5,3% aux Pays-Bas).
L’entrepreneur(e) se définit comme « la personne, propriétaire d’entreprise(s), qui crée ou développe une activité économique dans le but de générer de la valeur en exploitant de nouveaux produits, procédés ou marchés ». Elles sont 24.966 indépendantes à Bruxelles en 2012 (4.025 starters et 1.542 cessations d’activité). En RBC, les femmes constituent 28% de la population des indépendants, 22% des membres des conseils d’administration et 31% des chefs d’entreprises unipersonnelles. La part des femmes dans les conseils d’administration se réduit aussi avec la taille de l’entreprise (19,2% de femmes dans les CA d’entreprises de 20 à 49 travailleurs et 14,5% dans les CA d’entreprises de 100 à 199 travailleurs).

En ce qui concerne la répartition des secteurs d’activité, les femmes en RBC exercent principalement dans les services (45,2%), les professions libérales et intellectuelles (40,8%), et en moindre proportion dans les autres secteurs, tels que l’agriculture, la pêche (24,6%), le commerce (25,5%) et l’industrie (9,8%). La RBC compte 31,8% de femmes indépendantes de nationalité belge (43,3% pour les femmes allemandes en Allemagne et 38% pour les femmes françaises en France).
Sur les femmes entrepreneures à Bruxelles, 72% exercent leur activité à titre principal (68% en Flandre, 64% en Wallonie), 31% sont administratrices de société, 56% ont moins de 45 ans (47% en Flandre, 45% en Wallonie) et 47% sont cheffes de famille monoparentale ou cohabitantes avec enfants (57% en Flandre, 55% en Wallonie).
Un profil qualifié
En ce qui concerne le profil des créateurs-trices d’entreprise, 8 sur 10 ont un niveau d’études supérieur, 7/10 étaient salarié-e-s avant de créer leur entreprise, 44% des femmes précédemment salariées se sont lancées dans une autre activité (28% pour les hommes), 77% des créatrices n’avaient aucune expérience entrepreneuriale avant de lancer leur entreprise (61% pour les hommes) et 57% (des femmes et des hommes) ne sont pas issus d’un milieu d’indépendants.
Les défis
Quels sont alors les freins typiquement féminins à l’activité d’entreprendre? Inès de Biolley en recense six:
la peur du risque: 53% des femmes belges ayant décelé des opportunités craignent l’échec (33% pour les hommes); 43% des hommes chefs d’entreprise disent aimer prendre des risques contre 18% chez les femmes. Fait renforcé par les filières de formation, peu orientées vers la prise de risque économique et financière, ainsi que la moindre confiance en elles, qu’éprouvent les femmes.
l’accès au financement: la méfiance va dans les deux sens, les femmes se montrant réticentes à chercher du crédit et les banques peu enclines à le leur accorder (manque d’actifs en garantie, situation des femmes considérées comme davantage précaires sur celles des hommes).
le manque de formations spécifiques: les filières d’études sont profondément différentes selon les hommes et les femmes. De plus, celles-ci doivent faire face au fameux plafond de verre qui les empêche de s’aguerrir. Elles sont moins nombreuses que les hommes à avoir trébuché et appris de leurs erreurs (77% se lancent pour la première fois, contre 61% chez les hommes). De ce fait, elles sont fortement demanderesses de formations financières, juridiques, fiscales et en marketing.
l’absence de modèles
des réseaux de relations moins professionnellement orientés et
une plus grande difficulté à concilier vie professionnelle et familiale complètent le tableau.
La plateforme Women in Business
Nouvelle née chaleureusement applaudie lors du séminaire de lancement qui lui fut consacré, la plateforme Women In Business rassemble au sein d’Impulse Brussels une vingtaine d’associations, dont les structures d’accompagnement (Crédal, Féminin PME, Bruxelels Pionnières…), de formation (Interface 3, Melius Plus) et les réseaux de femmes (mentorat, formations…). D’ores et déjà, les actions qui y sont promues sont porteuses de succès: Womanity, week-end de lancement permettant aux femmes créatrices de mettre sur pied leur activité, a rassemblé 80 porteuses de projets lors de sa dernière édition. Un prix Women In Business de 1.000 euros récompense les deux meilleurs mémoires permettant de répondre aux attentes des femmes entrepreneures en région bruxelloise. A vos carnets!
Voici la présentation de Muriel Laurent et Inès de Biolley
Notre photo: de g. à dr.: Fatima Boudjaoui (CESRBC), Muriel Laurent et Inès de Biolley (Impulse Brussels), Joëlle Delfosse, Olivier Willocx (CESRBC)

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