Egalité H-F: au-delà des statistiques, un bilan qualitatif toujours mitigé

Ce 3 avril 2014, le CWEHF présente son Mémorandum à l’occasion des élections fédérales, régionales et européennes:

Dans une Europe qui a construit son identité autour de principes démocratiques et égalitaires, il est important de suivre de près les évolutions en matière d’égalité hommes/femmes et de comprendre les mécanismes qui délient le genre comme ceux qui peuvent réactiver, déplacer les différences et hiérarchies sexuées. Cette approche est d’autant plus importante que certains leaders d’opinion profitent du contexte d’incertitudes individuelles et collectives ambiant pour amener subrepticement comme une évidence l’idée selon laquelle les femmes auraient pris le pouvoir dans nos sociétés.
L’ensemble des recherches scientifiques traitant de l’évolution des conditions de vie des femmes dans les différents champs d’insertion montrent des évolutions contradictoires. Si les évolutions chiffrées des dernières décennies en matière d’éducation ou de participation au marché du travail apparaissent comme favorables, elles cachent un bilan qualitatif beaucoup plus mitigé. La qualité de l’emploi et de ses attributs (en termes de revenus, de sécurité d’emploi, d’accès à la formation et à la carrière) reste déterminée par le genre. Le diplôme s’avère un passeport encore plus important pour les femmes que pour les hommes mais celui-ci n’arrive pas à combler les inégalités entre les groupes sexués en même temps qu’il contribue à augmenter les inégalités entre les femmes elles-mêmes.

Des politiques loin d’être neutres du point de vue du genre

Au croisement entre niveau de qualification et groupe sexué, les femmes peu qualifiées se retrouvent tout en bas de l’échelle professionnelle et salariale et conjointement au sommet des risques de précarité multiforme et de pauvreté. En jeu également, une homogamie sociale au sein des couples encore bien réelle et des politiques qui sont dans les faits loin d’être neutres du point de vue du genre. Ces dernières s’appuient sur des arguments contradictoires. D’un côté, elles font appel à une égalité sexuée formelle pour asseoir les mêmes devoirs et règles à chaque citoyen et travailleur. D’un autre côté, elles continuent à s’appuyer sur une vision «traditionnelle» et stéréotypée de la famille où l’emploi et le salaire féminins continuent à être pensés comme secondaires, d’appoint. Par exemple, les emplois et salaires à temps partiels sont pensés et organisés «au féminin» sans tenir compte de la diversité des formes de familles et du fait que les trajectoires familiales individuelles ne s’inscrivent pas au hasard dans l’univers social.

On « sacrifie », puis on « teste »

En cela, l’organisation de l’emploi renforce à son tour les pratiques et pensées stéréotypées. De nombreuses recherches montrent également une tendance de fond commune aux différents types d’organisations : on «sacrifie» d’abord l’emploi des femmes, du fait du pouvoir de négociation inférieur dont elles disposent. Plus, on «teste» sur elles les mesures de déstabilisation et de dégradation statutaire de l’emploi ou de l’état providence. L’actualité offre une nouvelle illustration de cette tendance et tentation.

Il s’avère plus que jamais important de décloisonner l’analyse, la réflexion et l’action entre les différents champs : emploi, formation, famille, sécurité d’existence. Cet impératif sert l’égalité, le bien-être psycho-social de la population, mais également l’efficacité des politiques publiques. Ainsi, une analyse partielle et partiale du chômage des femmes risque fort de déplacer les dépenses d’un poste vers d’un autre mais aussi d’augmenter les coûts (en termes de santé physique ou mentale, de protection de la jeunesse…).

Dans ce contexte, la conférence «Femmes et précarité» prend toute son actualité et nul doute que les différents intervenants apporteront une pierre très utile et judicieuse au débat et à la prise de conscience.

Claire Gavray

Claire Gavray enseigne la Sociologie de la famille à l’ULg. Ses principales recherches portent sur le genre, la délinquance des jeunes, la famille à l’épreuve des sociétés.

Un panel d’oratrices sont venues témoigner des dimensions plurielles que peut présenter la précarité chez les femmes. Animée par Martine Cornil, la conférence-débat du CWEHF, « Femmes et Précarité », organisée ce 3 avril 2014 au CESW, a permis d’envisager, avec les nombreux acteurs et spécialistes de la problématique sur le terrain, des pistes de prévention.

Voici la présentation de Mme Eveline Duhamel, membre de la Délégation aux Droits des Femmes et à l’Egalité du Conseil Economique, Social et Environnemental français (CESE), rapporteuse, avec M. Henri Joyeux, de l’étude « Femmes et précarité » du CESE

Voici la présentation de Mme Danièle Meulders, Professeure d’économie à l’Université Libre de Bruxelles et directrice adjointe du Réseau de recherche international et pluridisciplinaire « marché du travail et genre » (MAGE-CNRS)

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