Les femmes et le résultat des élections communales 2012

Photo P. DelwitCe 18 février 2013, Pascal Delwit, politologue, a donné au CWEHF une communication très attendue sur le thème « Les femmes et le résultat des élections communales du 14 octobre 2012 ». Tous les espoirs sont permis : le principe de la tirette intégrale est avalisé en Wallonie à la suite de la Région de Bruxelles-Capitale. Les listes de candidats qui se présenteront aux élections communales et provinciales devront dès lors appliquer le système « un homme, une femme », de la première à la dernière place, dès 2018. Mais le chemin est long et d’aucuns s’en réjouissent « pour le symbole », sans y croire…

Un peu d’histoire

  • 1893 : suffrage universel masculin, tempéré par le vote plural
  • 1919 : deuxième grande extension du suffrage universel : un homme, une voix. Les veuves ont le droit de vote, elles « remplacent » leur mari. Accès des femmes  aux élections communales, même si leur pouvoir de gestion reste cantonné aux « affaires de la ménagère ». Les paris radicaux y sont opposés car ils appréhendent un vote massif des femmes en faveur du parti catholique. Paradoxalement, sans être titulaires du droit de vote, les femmes sont éligibles.
  • A l’entre-deux-guerres, percée des femmes : élues, Lucie Dejardin (POB), Isabelle Blume (POB) et Alice Degeer-Adère (PCB) ;  cooptées, Marie Spaak-Janson (POB), Maria Baers (UC) ; une sénatrice provinciale : Odile Maréchal (VNV).
  • 1948 : suffrage universel
  • 1949 : première élection législative au suffrage universel

La variable « femme » est une variable indépendante

A statut égal, les femmes votent de la même façon que les hommes, un peu moins pour les extrêmes et, dans certains Etats, un peu plus à gauche.

Entre 1949 et la fin des années 80, c’est vaches maigres pour les femmes en politique, tant dans les assemblées parlementaires que les exécutifs. Le Gouvernement Leburton I (1973) concède à deux femmes,  Maria Verlackt-Gevaert et Irène Pétry,  les portefeuilles de secrétaire d’Etat à la Famille et à la Coopération au Développement. Mais déjà Leburton II  ne compte plus aucune femme dans ses rangs.

Avec les lois Smet-Tobback, c’est l’entrée poussive dans la modernité : pas plus de deux-tiers de candidats du même sexe. Les lois de 2002 introduisent la parité sur les listes avec alternance dans les deux premiers candidats des deux sexes, et extension aux plans communal et provincial. Un membre au moins de chaque sexe doit être présent dans les exécutifs. Une quasi-révolution !

… et le scrutin de 2012 ?

Focus sur les 69 communes du Hainaut. 545 femmes conseillères communales sur 1.579 postes en jeu : un bon tiers (34,5%). Seule Seneffe (effet Philippe Busquin ?) compte plus de conseillères (52,4%) que de conseillers.  Partout ailleurs c’est la quasi-parité : La Louvière : 48,8% ; Montignies-le-Tilleul : 47,6% ; Antoing : 47,4% ; Chièvres : 47,1% ; Merbes-le-Château : 46,7% ; Colfontaine : 44,4% Pont-à-Celles : 44% ; Comines-Warneton : 44%.

La plus faible présence de conseillères communales est à noter à Dour (24%), Frasnes-les-Anvaing (23,8%), Aiseau-Presles (23,8%), Fleurus (22,2%), Leuze-en-Hainaut (21,7%), Honnelles (17,6%), Froidchapelle (15,4%).

Pas d’effet « magnitude »

Y a-t-il une relation entre la magnitude (nombre d’élus dans la commune, facteur influençant favorablement l’entrée des minorités en politique – Bruxelles capitale a une magnitude forte de 89 avec une forte représentativité des femmes, des jeunes, des personnes d’origine étrangère)  et le nombre de conseillères communales ? Et bien non, comme l’indique un coefficient de corrélation non relevant (0,07). Il n’y a donc pas plus de femmes dans les grandes que dans les petites communes.

Un effet « tête de liste »

62 sur 308 listes présentées dans les différentes communes du Hainaut sont conduites par une femme, soit une liste sur cinq. Les bons élèves : Jurbise (3 sur 4) ; Saint-Ghislain (2 sur 3) ; Estinnes (2 sur 3) ; Thuin (3 sur 5) ; Montignies-le-Tilleul (2 sur 4) ; Lens (2 sur 4) ; Mont-de-l’Enclus (1 sur 2) ; Chapelle-lez-Herlaimont (6 sur 13).

Restent 29 communes sur 62 où aucune femme ne conduit de liste.

La relation entre le nombre de listes déposées dans la commune et le nombre de femmes en tête de liste est positive : 0,58. Plus il y a de listes, plus il y a de femmes en tête de liste.

Nombre de femmes dans le Collège

124 femmes sur 462 sont Bourgmestres, échevines et présidentes de CPAS : un gros quart (27,1%). Dont 10 femmes Bourgmestres sur 69, un gros huitième (14,5%) dans les communes suivantes : Courcelles, Montignies-le-Tilleul, Seneffe, Jurbise, Lens, Quévy, Quiévrain, Chimay, Estinnes, Celles.

Les bons élèves : Seneffe (4 postes sur 7) ; Estine (3 sur 5) ; Jurbise (3 sur 6) ; Ham-sur-Heure-Nalinnes (3 sur 7), Lessines (3 sur 7) ; Montignies-le-Tilleul (3 sur 7) ; Frameries (3 sur 7).

La présence d’une seule femme membre du Collège concerne 29 communes sur 69 (42%).

On ne note pas de corrélation entre la taille du Collège et le nombre de femmes qui y sont représentées (-0,02). Mais une corrélation existe bel et bien entre le nombre de femmes au Collège et le nombre de femmes élues (0,5).

Filtres de la vie politique

On assiste donc à un filtrage progressif vers la fonction de Bourgmestre :

50% de candidates ; 34,5% de conseillères communales ; 29% d’échevines/présidentes du CPAS ; 14,5% Bourgmestres.

Enfin, 15 attributions de la fonction » Egalité des Chances » sont recensées pour la Province du Hainaut, dont 4 seulement exercées par un homme.

La présence sur les listes n’assure pas l’élection

Quels sont les freins, alors ?

  • Problème familial n°1 : sur les listes, on note une présence appréciable de couples. Or, les deux membres du couple ne peuvent siéger ensemble au Conseil communal, même si les deux membres figurent sur des listes différentes. Arbitrages…
  • Problème familial n°2 : la fameuse difficile conciliation entre vie professionnelle et familiale ou crainte de la triple journée, qui explique que pas mal de femmes se retrouvent sur les listes sans vouloir être élues…
  • Problème professionnel n°1 : L’incompatibilité de certaines professions traditionnellement exercées par des femmes (maisons de repos, CPAS, personnel hospitalier, institutrices maternelles…) avec l’exercice d’un mandat. Nombre de femmes sont élues sans pouvoir siéger.
  • Problème professionnel n°2 : la difficile combinaison des charges professionnelles traditionnelles avec celles impliquées par le mandat
  • Quasi-absence d’effet dévolutif de la case de tête : le « pot commun » est vite épuisé, cette contrainte institutionnelle jouant en défaveur des femmes. Exercice pratique : un homme précède une femme en terme de voix de préférence. C’est souvent le cas (pourquoi…?) C’est donc lui qui obtiendra la plus grosse partie du « gâteau » du pot commun, laissant à la suivante une partie moindre du gâteau, généralement insuffisante pour assurer à celle-ci le nombre de voix nécessaires pour atteindre le seuil d’éligibilité. En outre, seules les deux premières personnes présentes sur la liste bénéficient de l’effet dévolutif.

    Score moyen par candidat en fonction du genre

    Si on observe le score moyen remporté par les hommes et les femmes dans chacun des quatre grands partis Ecolo, PS, MR et CDH, on observe plus de scores négatifs pour les femmes que pour les hommes. L’écart se creuse particulièrement dans le cas du PS, du CDH et du MR, en moindre mesure chez Ecolo.

    Deuxième observation : si on « gomme » l’effet dévolutif en sortant la tête de liste, cet effet est même renforcé !

Enfin, si on établit le rapport entre le score moyen des femmes et des hommes, on s’aperçoit que les femmes surpassent les hommes chez Ecolo (Liège et Esneux), au PS (Esneux) et au CDH (Esneux).

Des suggestions, M. Delwit?

L’effet entraîné par la tirette, symbolique et faiblement matériel ? Voire. Comment alors selon M. Delwit passer du symbolique au matériel ?

  • Associer la tirette à la fin du vote préférentiel (sourires)
  • S’assurer de la présence de plus d’une femme au Collège : sur 69 communes, 29 n’en disposent que d’une seule…
  • S’armer de patience. Pas d’effet immédiat. Mais à terme, la différence entre le score moyen des femmes et des hommes va s’améliorer…

A suivre

Voici la présentation que Pascal Delwit a donnée au CWEHF ce 18 février 2013:

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Une réflexion sur “Les femmes et le résultat des élections communales 2012

  1. Ce blog me semble très prometteur.
    A quand les articles suivants ? Déjà demain ?
    Je te propose de suivre Female Board Pool et Women 2020 pour les initiatives égalité hommes/femmes au sein des conseils d’administration au niveau européen.

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